vendredi 28 novembre 2008

La patiente qui allait trop bien

Natascha K., femme intelligente, âgée de quatre-vingt-dix ans est venue récemment dans notre clinique. Peu de temps après son quatre-vingt-huitième anniversalre, elle avait - à ses dires -remarqué un «changement". Quelle sorte de changement ? lui avons-nous demandé.
- Merveilleux ! s’exclama-t-elle. J'en étais tout à fait ravie. Je me sentais plus énergique, plus vivante - comme rajeunie. Je m intéressais aux jeunes gens. Je commençais à me sentir, somment dire, « folâtre » - oui, folâtre.
- C'était un problème ?
- Non, pas au début. Je me sentais bien, extrêmement bien. Quelle raison aurais-je bien pu avoir de penser que quelque chose n'allait pas ? - Et puis ?
- Mes amis ont commencé à s'inquiéter. Au début, ils me disalent : « Vous avez l'air radieuse - un nouveau bail avec la vie !» Mais ensuite ils ont commencé à se dire que ce n'était pas tout-à-faIt convenable. « Vous qui étiez toujours si timide, maintenant vous voila devenue coquette. Vous riez nerveusement ou plaisantez - à votre âge, est-ce vraiment correct ? »
- Et vous, comment vous sentiez-vous ?
- J'en suis restée interloquée. Je m'étais laissé emporter et il ne m’était pas venu à l'esprit de me demander ce qui se passait. Mais ensuIte Je me suis posé la question. Je me suis dit: « Tu as quatre-vingt-neuf ans, Natascha, voilà un an que ça dure. Tu as toujours été si tempérée dans tes sentiments et maintenant cette extravagance ! Tu es une vieille femme, tu approches de ta fin. Qu'est-ce qui peut bien expliquer cette soudaine euphorie ? » Et, dès que j'ai pensé à l'euphorie, les choses ont pris une nouvelle tournure... « Tu es malade, ma chère, me suis-je dit. Tu te sens trop bien, tu dois être malade ! »
- Malade ? Comment cela ? Emotionnellement ? Mentalement ?
- Non pas émotionnelle ment - physiquement malade. C'était quelque chose dans mon corps, dans mon cerveau, qui me rendait euphorique.